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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 18:35

NATHAN LE SAGE 

de G.H. LESSING 

MISE EN SCENE BERNARD BLOCH

Spectacle créé en janvier 2012 à la Comédie de l'Est - Colmar

105_-_Nathan_le_sage_2012_-_Ph._Andre_Muller.jpg

 

PRODUCTION :

Le Réseau (théâtre)  

La Comédie de l’Est (Colmar) 

Cap* - La fabrique 

COPRODUCTION :

La Comédie de Saint-Etienne, Centre Dramatique National 

Avec l’aide du dispositif d’insertion  

de la Comédie de St-Etienne, Centre Dramatique National 

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Le Réseau (Théâtre) est une compagnie conventionnée 

par la DRAC Île de France 

(Cap)* - La Fabrique est conventionnée par la Région Île de France, le département de la 

Seine-Saint-Denis et la Ville de Montreuil 

 

Assistanat à la mise en scène  

Catherine Umbdenstock 

Scénographie  

Raffaëlle Bloch 

Costumes  

Claire Schirck 

Lumières 

Florent Jacob puis Christelle Toussine

Son 

Thomas Carpentier 

Régie générale 

Marc Tuleu 

 

 

Avec 

 

Antonia Malinova, Philippe Dormoy, Morgane Arbez, Philippe Mercier, Jonas Marmy, Nils Ohlund, Miloud Khétib, Sofia Teillet 

 

 

 

REVUE DE PRESSE DU SPECTACLE 

 

 

LUNDI 29 JANVIER 2012 

 

http://www.humanite.fr/culture/tous-freres-et-soeurs-en-theorie-488844 

 

La chronique THEATRE 

DE JEAN-PIERRE LEONARDINI 

 

Tous frères et sœurs en théorie 

 

Bernard Bloch, à l’invitation de Guy Pierre Couleau qui dirige la 

Comédie de l’Est, y présente sa mise en scène de Nathan le sage (1779), de 

Gotthold Ephraïm Lessing, grand homme des Lumières allemandes;  pour dire vite, 

un genre de Diderot d’outre-Rhin (1).  On lui doit des pièces de théâtre majeures 

(Minna  von Barnhelm, Emilia Galotti…), un essai capital  (la Dramaturgie de 

Hambourg) ainsi qu’un traité sur  la spécificité de la poésie en regard des arts 

plastiques, Laokoon, qui n’a rien perdu de sa vigueur. C’est en 1987 que Nathan le 

sage était magnifiquement créé en France par Bernard Sobel, à Gennevilliers, dans 

la traduction  de François Rey. Anecdote: je me rappelle que,  ce soir-là, François 

Mitterrand faisait partie du public. Bref. Nathan le sage, c’est une comédie 

philosophique d’une délicieuse complexité de construction et d’une morale limpide, 

qu’on pourrait placer sous le signe  de l’Éducation du genre humain, titre parlant 

d’un autre ouvrage de Lessing paru en 1780. 

La scène est en 1187 à Jérusalem après que Saladin a repris la ville aux 

croisés. Un jeune templier captif du sultan sauve du feu la fille de Nathan, riche 

négociant juif, homme de cœur et de raison. J’abrège. Au terme d’une série de coups 

de théâtre génétiques, pour ainsi dire, on s’apercevra que par l’agencement de 

péripéties rocambolesques, le sultan et sa sœur, le templier, le marchand et sa fille 

sont tous bel et bien de la même famille! Beau tour de force dialectique 

brillamment agencé, au terme duquel les trois religions révélées concourent, à 

égalité, à l’amélioration de l’humanité. N’est-ce pas que cela résonne (raisonne aussi 

bien) toujours très fort? Pas besoin d’un dessin. Bloch table sur le simple appareil 

scénographique (Raphaëlle Bloch) d’un carré avec  un cercle en énigme. Dans la 

première partie, s’exposent consciencieusement les motifs. Après l’entracte, la 

comédie s’emballe et progresse par bonds avec humour, donnant le prétexte à 

Nathan (Philippe Dormoy), au templier (Nils Öhlund) et à Saladin (Miloud Khétib) 

d’affirmer des différences enfin compatibles, la noirceur indélébile revenant au 

patriarche chrétien (Philippe Mercier), tandis qu’incombe à Recha (Morgane 

Arbez), fille de Nathan et Sittah (Sofia Teillet), sœur de Saladin, la partition des 

sentiments d’instinct. 

Jean-Pierre Léonardini 

(1) Centre dramatique régional d’Alsace, jusqu’au 11février. 

 

 


 

 

 

 

 


 

 


NATHAN LE SAGE 

Publié le 25 janvier 2013 – LA TERRASSE N° 206 

Bernard Bloch met en scène avec une grande intelligence dramatique et une limpidité rigoureuse le 

texte fascinant de Nathan le Sage (1779) de Gotthold Ephraïm Lessing. 

Quelle admirable idée de faire entendre avec fluidité et rigueur ce texte sublime, mettant en scène la 

commune humanité des hommes malgré leurs différences, ou plutôt riche de leurs différences. Pièce 

emblématique du siècle des Lumières, plaidoyer vibrant pour une réelle acceptation de l’autre, mêlant 

intrigue rocambolesque et réflexion philosophique, Nathan le Sage confronte Nathan, riche commerçant juif, 

bon, avisé et sage, un jeune Templier qui sauve des flammes  Recha, la fille de Nathan, et Saladin, sultan 

éclairé ayant repris Jérusalem aux Croisés, qui épargne la vie du Templier à cause de sa ressemblance avec 

son frère disparu. Gotthold Ephraïm Lessing (1729-1781) a imaginé cette histoire pleine de péripéties et 

rebondissements en réponse aux diatribes intégristes du pasteur Goeze.  Des comédiens de divers âges et 

origines, des costumes de Claire Schirck traversant les époques depuis le XIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, 

des lumières soulignant habilement les contrastes, et une scénographie épurée de Raffaëlle Bloch 

concourent à révéler le bien-fondé de l’éloge humaniste du respect de tous, tandis que la direction d’acteurs 

veille à maintenir toute la vivacité et la drôlerie (relative) de la pièce. Philippe Dormoy campe avec sérénité 

un Nathan à l’écoute des autres, dont la raison est toujours au service de la justice et du “bien-agir“. Nils 

Ohlund est un templier en plein désarroi et en quête de lui-même. Miloud Khétib incarne un Saladin peu 

solennel, parfois comique (voire presque trop), face à sa sœur Sittah, fine conseillère (Sofia Teillet). Les 

femmes s’affirment : la jeune Recha (Morgane Arbez) comme Daja (Antonia Malinova), dame de compagnie 

 

 

Métaphore cruciale  

 

 

 

Tous les protagonistes – y compris le jeune moine vertueux, (Jonas Marmy) – demeurent présents sur le 

plateau. Des rideaux verts couleur d’Islam, quelques chaises, et un parquet clair, troué d’un disque noir qui 

figure le lieu du rapport de l’homme au divin. C’est une idée judicieuse de donner forme à ce puits de 

questionnement métaphysique que l’on ne foule pas à la légère, lieu de manque, de mystère ou 

d’injonctions, investi par l’homme selon son libre-arbitre. Avec sagesse, lors de la très belle scène  de la 

parabole de l’anneau, métaphore cruciale où Nathan apparente les trois religions monothéïstes aux trois fils 

d’un père aimant également ses enfants ; ou avec arrogance et cruauté, lorsque le Patriarche chrétien 

(Philippe Mercier) clame au nom du doux Jésus la nécessité d’expédier le juif au bûcher. Une religion 

conquérante et imbue de certitudes mène au pire ! Le texte au contraire articule la foi, la raison et la vérité 

dans une dynamique de tolérance active, et la progression de la pièce souligne avec malice la relativité et la 

complexité de la vérité et des identités. La mise en scène de Bernard Bloch met en lumière les enjeux du 

texte avec une grande intelligence dramatique et une remarquable économie de moyens (la sagesse 

surpasse la richesse…), et en nos temps d’intégrisme galopant, souhaitons qu’un très large public, lycéens y 

compris, puisse assister à ce très beau spectacle. A noter dans vos agendas ! 

Agnès Santi, La Terrasse

 

 


 

 

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Published by capetoile - dans RESEAU THEATRE
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