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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 14:45
(CAP)*                               prononcer « capétoile »

Classes ouvertes 2006-07                 lundi 21 mai 2007
http://capetoile.over-blog.com/

Modérateurs

Les membres fondateurs de (CAP)*. Prise de notes et compte-rendu, Bernard.

Participants

Bernard Bloch, Dominique Aru, Isabelle Rèbre, Philippe Lanton, Olivier Renouf, François Duconseille, Chloë Houbart, Françoise Retel, Christine Gagnepain, Philippe Dormoy, Raphaëlle Gitlis, Antoine de la Morinerie, Milly…, Régis Bonvillain, Sophie Cohen, Paule Uzan, Marie-Hélène Gripkoven.

Le laboratoire du « bien commun ? »

- Les classes fermées d’avril-mai 2007.
La séance d’aujourd’hui revêt une importance particulière. C’est une reprise des CO après deux mois d’interruption. Cette interruption volontaire a été mise à profit par les membres fondateurs pour redéfinir, au cours de plusieurs classes fermées, de quelle manière continuer le projet mis en route en novembre dernier autour du Bien commun. Il nous semblait en effet évident que nous étions arrivés à un tournant du processus. Nous avons relu attentivement tous les compte-rendus et fait un inventaire de tout le matériau rassemblé.
Tant sur le plan des concepts apparus autour de l’idée de “ Bien commun ” que sur celui des dispositifs de travail, d’improvisation qui ont été expérimentés.
Citons quelques exemples de ces dispositifs : machines diverses et variées, le rêve commun, l’œuvre plastique commune etc…
Il s’agit maintenant de mettre ce matériau en action, de le mettre au service d’une production workshop/work in progress commune. En un mot de passer d’une exploration tous azimuts, d’un recueil de matériels, à une construction plus contraignante ayant pour objectif la production d’une manifestation publique.
Cette manifestation publique aura lieu au courant du printemps 2008.

- "Nous autres" d’Eugène Zamiatine.

Ce livre, publié dans la toute jeune URSS en 1920, est un roman de science-fiction politique qui fait évidemment beaucoup pensé à des auteurs comme H.G Wells, Georges Orwell ou Aldous Huxley. Il est publié en français aux éditions L’imaginaire chez Gallimard. Il se présente sous la forme de 40 notes du narrateur, D 503, individu parfaitement intégré dans  le monde parfait, total, post-historique qu’il décrit. Un monde sans histoire, qui n’a plus, ne fait plus d’histoire… un monde où toute la vie intellectuelle, affective, politique, morale et sexuelle est définitivement réglée par l’Etat Unique…
Mais…quelqu’un va venir ! Une jeune femme, I 530, va mettre un grain de sable dans cette machine trop bien huilée et, par le biais de l’amour, subversion suprême, va provoquer le chaos vital…
Nous avons décidé de prendre ce texte (sur lequel nous avions déjà travaillé le 2 avril dernier), comme matériau de base pour le travail de l’année à venir.

- La méthode 
Il ne s’agit en aucun cas de “ monter ” le texte de Zamiatine, fût-ce sous la forme d’une adaptation. Nous ne savons d’ailleurs pas à l’heure actuelle quelle forme va prendre notre manifestation publique : spectacle, film, installation, ou tout cela à la fois. Ce texte de Zamaitine servira de source d’inspiration d’une recherche courant de cette fin du mois de mai 2007 à la fin de l’année. Puis il s’agira d’écrire le scénario de la restitution publique de ce travail collectif. Cette écriture n’étant, elle, probablement pas collective. Puis il s’agira de réaliser notre manifestation. Sans doute sera-t-il indispensable que les trois semaines précédant la manifestation soit consacrées à temps plein, à sa réalisation. Les trois dernières semaines seraient alors budgétés et, en fonction des financements que nous aurons réunis, des rémunérations seraient envisageables.
Par ailleurs, dès aujourd’hui et jusqu’au début juillet, les MF de (cap)* vont poser les premiers jalons de travail sur le texte. Et, dès la rentrée de septembre, se mettront en place des binômes ou trinômes entre un MF de (cap)* et un ou deux membres du premier cercle pour animer les classes ouvertes.  

- Les réactions à cette nouvelle donne 
Les réactions à cette nouvelle donne semblent assez unanimement positives. Sans doute tous les participants aux CO ressentaient-ils le besoin de structurer, d’organiser nos recherches, de nous fixer des objectifs et des délais.
Raphaëlle qui connaît déjà bien le texte, approuve ce choix et n’en semble pas surprise après la lecture CR du 2/4/07.
François parle des différences et des ressemblances entre le futur tel que EZ l’imaginait dans les années 20 et notre présent, presque un siècle plus tard. Nous vivons dans le futur, dit-il…
Suit une longue discussion sur le texte même sur toutes les pistes qu’il ouvre, sur toutes les questions qu’il pose et sur toutes les réponses qu’il ne donne pas.

Le vif du sujet


- Philippe L., dont il faut rappeler qu’il est à l’origine du choix de Nous autres, nous lit la première note (note 1) du texte.
- Bernard remarque qu’elle constitue presque une description parfaite et paradoxale de notre propre projet, L’intégral, ce “ vaisseau commun ” pouvant faire penser à notre ambition de manifestation commune…
- Chloë se réjouit du choix de ce texte en particulier et, en général, du fait même qu’il y ait eu un choix…
- Dominique évoque la séance du 22 avril au cours de laquelle nous avons découvert ce texte. Elle rappelle comment les photos de magazine qu’elle avait apportées nous ont servi à évoquer le passé archaïque et chaotique d’avant l’Etat unique, d’avant la fin de l’histoire…
- Paule parle de W ou les souvenirs d’enfance de Georges Pérec. Là aussi, Pérec évoque l’existence des camps de concentration de manière saisissante, alors qu’il ne pouvait en connaître l’existence, en tout cas pas en détail. Mais, de l’avis de Dom ce sentiment de prémonition dans l’œuvre de Pérec, n’est qu’une illusion créée par l’imbrication entre son autobiographie et les évocations qu’il a écrite plus tard, alors qu’il était au courant de l’existence des camps. Un tel procédé se retrouve dans Nous autres.

Début d’une exploration


Pendant que Philippe L lit la note 2 de Nous autres, Dominique projette des images non montées tournées au Parc de la Villette (Géode, foule dans le hall, grand escalier roulant, visions futuristes…)

1. Dans la pénombre, éclairés par l’écran sur lequel se projettent les images de Dominique, tous les participants se “ promènent ” sous la houlette d’Olivier. L’heure de promenade, les hommes et les femmes sont des marionnettes à fil vacillantes autour de leurs axes. Puis, sur une pièce de Ligeti, Les métronomes elles déambulent quatre par quatre, deux hommes, deux femmes devant l’écran, en silhouettes dans la lumière du vidéo projecteur. En arrivant à la limite du plateau, les couples se séparent bientôt remplacés par les suivants.
Les images de Dominique se projettent sur les corps.  
                Les corps semblent sortir de l’écran, de l’image.
Le grand escalator déverse sa ration d’êtres humains qui viennent se dégueuler sur le devant de la scène, sous le nez des spectateurs. C’est un mouvement perpétuel, une machine infernale, (intégrale ?), dont le carburant est constitué par les êtres humains. Il est rythmé par le peuple des insectes/métronomes de Ligeti devenus fous.
TOUT VA BIEN … ! Sur les visages, il n’y plus d’expression, plus de singularité. Les bouches, certes, s’ouvrent, mais aucun son n’en sort. Tout le monde est placide, serein, calme. Il n’y pas de tensions, pas de rivalité, pas d’histoire(s). Il n’y a plus d’après, plus d’avant…
Et sur les côtés, une fois que l’on a été déversé, quatre par quatre, par le Grand Escalator, ON SE DETEND !!! figures libres obligatoires au risque d’être exclu…Les métronomes, peu à peu, se fatiguent, le son devient plus discontinus, les corps, petit à petit rejoignent le sol. Sommeil. Repos. Solitude de groupe.

2. Les groupes se constituent différemment. Un homme avec trois femmes. C’est D 503 avec 0 90 et I 330 + S (joué ici par une femme).
Un dialogue extrait de la note 2 est distribué à chaque quarteron. On reprend la marche déversée par l’écran de tout à l’heure, mais cette fois les phrases du dialogue sont prononcées par chaque quarteron, à chaque passage.

D 503 : C’est merveilleux, n’est-ce pas ?
O 90   : Oui, c’est merveilleux, c’est le printemps.
D 503 : Et voilà, c’est le printemps !
O 90 (désignant D 503) : Il s’est inscrit pour moi
I 330 : Passez après-demain à l’auditorium 112
D 503 : Si je suis convoqué dans cet auditorium…
I 330 : Vous le serez !
O 90 : J’aurais tellement aimé aller vous voir aujourd’hui et baisser les rideaux, justement aujourd’hui, tout de suite…

Silhouettes en noir et blanc, hommes et femmes, ombre et lumière, des mots s’échangent, du désir. Je pense à l’avant, notre avant, le leur… Renoir, Auguste et Jean, le peintre et le cinéaste, Le déjeuner sur l’herbe, les bords de la Marne, Gégène…
Un peuple de couples, nous et nos ombres. Les groupes vont se suivre de plus en plus vite, s’imbriquant les uns aux autres ; rencontres organisées, obligatoires, publiques, pour le bien de tous, le bien commun, l’Etat unique.
La lumière du vidéo projecteur projette les images, le décor et aveugle les corps qui surgissent de l’écran, des images.
Parfois, selon la vitesse à laquelle il est prononcé, le texte ne peut pas être énoncé dans son intégralité lors d’un passage : il est donc interrompu et son déroulement est perturbé. Cela en modifie légèrement le sens de manière aléatoire selon la coupe. Par exemple :

O 90 : J’aurais tellement aimé aller vous voir aujourd’hui et baisser les rideaux, justement aujourd’hui, tout de suite…
                  D 503 : C’est merveilleux, n’est-ce pas ?
O 90   : Oui, c’est merveilleux, c’est le printemps.

C’EST MERVEILLEUX, LE PRINTEMPS …C’EST MERVEILLEUX TOUS CES COUPLES, UN HOMME ET UNE FEMME… Il ne manque plus que la musique…

Fin de la séance.

Les prochains lundis

4, 11, 18 juin

Le laboratoire du “ bien commun ? ” est un temps d’expérimentations conçu comme un jeu collectif.
L’expérience de chacun est proposée au groupe, premier public, premier critique ; elle se construit pour et par ces premiers regards, ces premières paroles. La succession des rencontres constitue une communauté de création existant aussi bien dans les actions singulières de chacun de ses membres, que dans la mise en œuvre de/d’un projet(s) commun(s). La seule règle  étant : “ Expérimenter avant de dire ”. C’est à partir de ce qui se met en jeu que se construit la rencontre et s’élaborent les projets.
Depuis le 21 mai 2007, cependant, la règle du jeu s’est quelque peu enrichie. Désormais, le groupe travaille à partir d’un matériau commun : Nous autres, un roman d’Eugène Zamiatine. Il ne s’agit ni de mettre en scène ni d’adapter ce roman, mais de s’en inspirer très librement pour écrire ensemble une manifestation publique dont nous ne connaissons encore ni la forme ni les disciplines artistiques qu’elle mettra en jeu, mais dont nous savons qu’elle se donnera au cours du printemps 2008. 
Concrètement, chaque lundi sous le regard et l’écoute de deux des membres fondateurs de (CAP)*, puis, dès la rentrée, d’un membre fondateur associé à un membre du “ premier cercle ” chacun des participants de la séance vient proposer un “ acte ” aux autres participants, qui eux-mêmes peuvent (ou non) rebondir sur la proposition.  L’acte s’empare indifféremment de tous les supports possibles (texte, images, corps, sons, espaces…), sa validité réside dans ce qui le constitue comme fragment potentiel de l’écriture d’un projet commun désormais inspiré par Nous Autres. Les actions menées dans le laboratoire sont systématiquement captées sur un support audiovisuel ou textuel. Une mémoire de l’atelier se constitue, permettant le travail d’analyse et de critique, puis l’élaboration progressive du projet final.

Les classes ouvertes sont ouvertes à qui veut. Il suffit d’avoir seize ans révolus, d’adhérer à l’association des Amis de (CAP)*(15 € par an) et de s’acquitter d’une participation de 3 € par séances. Les séances ont lieu dans la salle Lissenko des Studios Albatros, 52 rue du Sergent Bobillot à Montreuil (Métro Croix de Chavaux) et durent 3h : de 20h00 à 23h00.

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Published by François Duconseille - dans CLASSES OUVERTES
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